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EFT : le tapotement quand l’anxiété ne passe pas en réfléchissant

Tu peux être une personne très raisonnable et, à 23 h 40, mener quand même dans ta tête une conversation qui n’aura lieu que demain. Tu as déjà dit ta réplique au moins six fois, imaginé trois réponses possibles de l’autre côté et, lors d’une soirée particulièrement réussie, tu es même arrivé jusqu’à la conversation n° 2, que personne n’a encore prévue. La raison sait parfaitement qu’en ce moment il ne se passe rien, mais les épaules remontent presque jusqu’aux oreilles, le ventre est noué, la respiration devient plus courte et, chaque fois que tu jettes un œil à ton téléphone, ça te revient. Apparemment, le corps n’était pas présent à la réunion où la raison a décidé que l’affaire était close.

C’est précisément avec cette réaction que travaille l’EFT — les Emotional Freedom Techniques, qu’on appelle en français technique de libération émotionnelle. La méthode s’est fait connaître grâce à Gary Craig dans les années 90 et associe le fait de diriger son attention vers un problème précis à de légers tapotements des doigts sur certains points du visage et du haut du corps. À première vue, cela paraît un peu étrange, car on s’attend à régler l’anxiété en réfléchissant, en parlant ou au moins avec un café, et voilà qu’on te propose de te tapoter le sourcil et de parler à voix haute. L’exercice lui-même est pourtant tout simple et, surtout, il ne te demande pas de te convaincre de quelque chose que tu ne ressens absolument pas en ce moment.

Ce que tu fais concrètement

Tu commences par une situation précise, parce que « Je veux remettre ma vie en ordre » est une magnifique ambition, mais un peu grande pour trois minutes. Peut-être dois-tu parler demain à ton chef et, rien qu’en pensant à la conversation, tu sens une tension dans la gorge. Peut-être as-tu reçu un message de quelqu’un et tu n’as toujours pas envie de l’ouvrir. Ou peut-être quelqu’un a lancé une remarque la semaine dernière, l’a sans doute oubliée depuis longtemps, pendant que toi, tu mènes encore le procès dans ta tête, avec accusation, défense et plaidoirie finale.

Plus tu nommes précisément ce qui se passe, plus il est facile de suivre ta propre réaction. C’est pourquoi, avant de commencer, tu te poses une question simple : « Quand j’y pense maintenant, quelle est la force de ma réaction de 0 à 10 ? » Zéro signifie que tu peux penser à la situation et que presque rien ne change en toi, et dix, que la réaction est très forte et qu’il t’est difficile de rester avec elle. Tu ne cherches pas le bon chiffre et tu ne tiens pas la comptabilité de tes émotions. Si la première chose qui te vient est 7, tu commences à 7. Dans quelques minutes, tu reviendras à la même question, et c’est justement là que ce chiffre deviendra intéressant.

La première phrase

Avant la ronde proprement dite, tu tapotes légèrement avec deux ou trois doigts le bord extérieur de la main et tu dis trois fois une phrase sur la situation précise. Par exemple : « Même si je me crispe quand je pense à la conversation de demain avec mon chef, je m’accepte, moi et ce que je ressens maintenant. » La phrase n’a pas besoin d’être belle, et c’est même mieux si elle ne ressemble pas à ce qu’on imprime sur une tasse de pensée positive. Si ce que tu ressens vraiment, c’est « Ça me met hors de moi que ce soit encore à moi de commencer cette conversation », c’est justement la phrase la plus importante, parce qu’elle décrit ce qui se passe réellement en toi.

Les points de tapotement

Après la préparation, tu passes l’un après l’autre par huit points — le début du sourcil, le coin de l’œil, sous l’œil, sous le nez, sous la lèvre inférieure, près de la clavicule, sous le bras et le sommet de la tête. Sur chacun, tu tapotes légèrement du bout des doigts et tu dis une courte phrase sur la même situation. Tu peux commencer par « La conversation de demain », puis passer par « Cette tension dans la gorge », « J’ai peur de la réaction » ou « J’imagine encore ce qu’on va me dire ». Les phrases changent, mais le sujet reste le même.

Il ne s’agit pas de te persuader que tout est merveilleux alors qu’intérieurement tu aimerais t’enfuir par la fenêtre. Si tu es inquiet, tu dis que tu es inquiet. Si tu es en colère, tu nommes la colère. Si tu as peur de ce que tu vas entendre, tu travailles avec cette peur, au lieu de te répéter à quel point tu es heureux, sûr de toi et rayonnant. En EFT, il est bien plus logique de partir de ce qui est réellement vrai pour toi en ce moment.

Et puis le chiffre revient

Après une ronde, tu t’arrêtes, tu laisses ta respiration suivre son cours et tu imagines de nouveau la même situation. Si la réaction était à 7 avant, tu te demandes où elle en est maintenant. Elle peut être à 5, à 3, ou encore à 7 — et cette dernière possibilité a elle aussi quelque chose à te montrer. Souvent, on commence avec une phrase et on comprend pendant la ronde que la vraie réaction est liée à quelque chose d’un peu différent.

« J’ai peur de cette conversation », par exemple, peut devenir « En fait, je suis furieux, parce que la dernière fois on ne m’a pas écouté du tout ». « Je m’inquiète de savoir si j’aurai le poste » peut mener au bien plus juste « Et si on me refusait encore ? ». Tu as alors une autre phrase, et tu peux faire la ronde suivante avec elle. Il n’est pas nécessaire d’avoir découvert dès la première minute toutes les couches de ta réaction. Une ronde peut simplement t’aider à nommer plus précisément ce que tu appelais jusqu’ici, de façon générale, « anxiété ».

Et si tu te mets à bâiller ?

Si tu te mets à bâiller pendant la ronde, tu bâilles, tout simplement. Tu peux soupirer plus profondément, sentir tes épaules se relâcher, avoir chaud, avoir envie de pleurer ou te souvenir soudain de quelque chose que tu n’avais jamais relié à la situation. Il peut aussi n’y avoir aucun effet particulier, sauf qu’en évaluant de nouveau, tu remarques un changement. Tu n’attends pas de carillon, de lumière blanche ni que l’Univers confirme en personne que la ronde est terminée. Tu reviens à la même situation et tu vérifies comment tu réagis maintenant.

Pourquoi la phrase d’un autre n’est pas toujours la tienne

Si tu cherches l’EFT sur Internet, tu trouveras d’innombrables rondes toutes prêtes pour l’amour, l’argent, la peur, la confiance en soi, le travail et probablement vingt autres sujets dont tu ne soupçonnais même pas qu’ils devaient t’inquiéter. Seulement, le « Même si j’éprouve de l’anxiété face à l’avenir… » général peut n’avoir presque rien à voir avec ce qui t’arrive.

Ta phrase peut être « Vendredi, je dois payer cette facture et je ne sais pas où trouver l’argent », « Il a lu mon message et n’a pas répondu » ou « Dans deux heures, je dois entrer dans ce bureau et depuis ce matin je pense à ce que je vais entendre ». C’est déjà la situation précise qui déclenche ta réaction. Quand, après la ronde, tu imagines de nouveau la même chose, il est bien plus facile de remarquer si quelque chose a changé, au lieu d’essayer de mesurer si tu t’inquiètes moins, en général, « pour l’avenir ».

Comment c’est fait dans FatedWays

Dans la salle « Le Tapotement », tu n’as pas besoin de retenir l’ordre des points ni d’inventer des phrases adaptées pendant que tu te tapotes le visage en te demandant quel était le point suivant. Tu racontes avec tes propres mots ce qui se passe et tu indiques la force de ta réaction de 0 à 10. À partir de ton récit sont créées la préparation personnelle et les phrases de la ronde, afin que tu travailles avec ta propre situation plutôt qu’avec un texte général qui pourrait appartenir à n’importe qui.

Ensuite, tu suis simplement l’écran — tu vois quel point vient ensuite, tu tapotes et tu dis la phrase. Quand la ronde est finie, tu évalues de nouveau la même situation et tu vois les deux chiffres côte à côte. Si tu as commencé à 7 et qu’après la ronde tu es à 4, la différence se voit tout de suite. Si tu es encore à 7, tu peux revenir à ce qui est apparu pendant la ronde et continuer avec une phrase plus juste. Les rondes suivantes sur la même situation sont gratuites, parce qu’une ronde n’est pas toujours toute l’histoire, et si dans quelques jours tu décides de revenir au même sujet, il est enregistré et tu ne repars pas d’une page blanche.

Et si, pendant la ronde, un vieil événement refait surface — cette fois-là à l’école, une conversation d’il y a dix ans, des mots dont tu te souviens encore mot pour mot —, il existe pour cela une salle à part, « La Scène ». Tu y travailles avec un souvenir précis : tu fais les rondes sur lui, puis un nouveau récit du même lieu est créé à partir de tes réponses.

Pour quoi j’utiliserais l’EFT

J’utiliserais l’EFT pour la conversation que je répète depuis le petit-déjeuner, pour la tension avant un examen, un entretien ou un rendez-vous, pour le message que j’ai lu cinq fois et qui réussit à m’agacer de nouveau à chaque lecture, ou pour la dispute d’hier, officiellement terminée, mais qui dans ma tête a manifestement déjà obtenu une deuxième saison. Autrement dit — pour une situation précise où la raison a déjà dit tout ce qu’elle avait à dire, alors que le corps réagit encore comme si la conversation continuait.

L’EFT n’est pas un traitement médical ou psychothérapeutique et ne remplace pas l’aide d’un médecin ou d’un spécialiste. Si ton anxiété est forte ou dure longtemps, s’il y a des crises de panique à répétition, des expériences traumatiques, ou si tu sens qu’il t’est difficile de t’en sortir seul, le travail avec un spécialiste est la voie la plus adaptée. Mais pour cette chose précise qui revient dans tes pensées depuis ce matin, tu peux faire une petite expérience : donne-lui un chiffre, fais une ronde, puis reviens à la même situation.

Où en es-tu maintenant ?

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